''Aujourd'hui nous exerçons le metier de journaliste en Guinée avec beaucoup de risque, sommes trés persecutés'' Alerte El. Thierno Mamadou BAH, journaliste.

Ils sont hommes des medias. Vous parlent derrière un micro(Radio), derrière un petit écran (télévision). Ou vous les lisez sur du papier (Presse Ecrite), en ligne (Internet). Mais vous ne les avez jamais eus en personne face à un autre journaliste. La rubrique ‘’Avec un confrère’’ vous gratifie, en vous offrant des interviews de meilleurs journalistes guinéens du moment.

 

Pour ce premier numéro, la rédaction de Guineewebinfo.net vous déniche El hadj Thierno Mamadou BAH, journaliste, Directeur de la publication de l’hebdomadaire le DEFI. Il est un des journalistes qui défient la gouvernance du pouvoir actuel du président Alpha Condé... Les multiples menacent et autres descentes dans les locaux de l’hebdomadaire voire au domicile du confrère en attestent…Il nous a reçus à son domicile. Entretien exclusif.

Guineewebinfo.net : Un œil sur la pratique du métier de journaliste en Guinée ?

El. Thierno Mamadou BAH : Merci, je dois me présenter à vos lecteurs : je suis El. Thierno Mamadou BAH, journaliste et directeur de la publication de l’hebdomadaire guinéen, le DEFI.

Comment j’apprécie l’exercice du métier de journaliste en Guinée ? Vous savez, ici comme ailleurs, l’exercice du métier de journaliste est à la fois facile et difficile. Facile quand les conditions sont réunies-Là vraiment le journalisme devient un art qu’on pratique avec beaucoup de plaisir-, Difficile dans un pays comme le nôtre où les conditions ne sont pas réunies. La liberté d’expression elle-même est très souvent menacée par les tenants du pouvoir.

Des menaces contre votre personne, descentes dans votre domicile, les locaux de votre medium saccagés. Notre confrère de Planète FM, Mandian Sidibé aussi dans le viseur du pouvoir à travers cette limitation (levée) de se déplacer à l’intérieur même de la Guinée, il y a peu…  Trop, non ?

 

‘’La presse guinéenne est menacée depuis l’arrivée du président Alpha Condé, paradoxalement, aux affaires’’

Vous savez la presse guinéenne est menacée depuis que le président Alpha Condé est paradoxalement aux affaires. Paradoxalement ? Parce que c’est quelqu’un qui a prôné la liberté d’expression et les autres libertés fondamentales lorsqu’il était opposant. Il nous a fait rêver, a bénéficié du soutien de la presse. Il avait beaucoup d’amis dans le milieu de la presse. Une fois sur le haut du pavé, il s’est montré très hostile à  la presse notamment la presse guinéenne.

Rappelez-vous tout récemment il affirmait, « qu’il n’y a pas de journaliste en Guinée ». Ce qui est étonnant de la part de quelqu’un qui fréquentait toutes les rédactions une à une, a reçu le soutien de toute la presse dans toutes les situations avant son arrestation, pendant son emprisonnement et même après sa sortie de prison (Alpha Condé fut arrêté en 1998 à piné à Lola, jugé et condamné à 5 ans de prison, il a été libéré le 18 mai 2000, ndlr).

’Les journalistes étaient plus indépendants sous l’ère Conté que sous l’ère du président Alpha Condé’’

 Même pendant la campagne électorale, il bénéficiait de l’amitié des journalistes. Quelque part, c’est une situation déplorable. Nous étions, nous journalistes plus indépendants sous l’ère Conté que maintenant. De surcroit qui était un militaire, qui n’avait pas un niveau intellectuel tel celui du président Condé.

En tout cas, feu président Conté n’était pas parmi l’Elite intellectuelle guinéenne.

C’était un militaire, un général de l’armée mais qui nous avait laissé jouir de la liberté de la presse. Sous l’ère Conté, nous avons bénéficié de la liberté d’expression, de la presse, la liberté d’exercer le métier de journaliste très facilement. Quand feu Conté était informé qu’un journaliste avait des problèmes avec un de ses ministres, il donnait tout de suite des instructions que le journaliste soit  laissé  tranquille. Il faut le lui reconnaitre. Même si c’est à titre posthume, c’est vrai.

‘’Aujourd’hui, nous exerçons le métier de journaliste en Guinée avec beaucoup de risques, sommes très sérieusement persécutés’’

Mais il faut s’étonner que le président Alpha Condé qui a passé son temps à Paris -La France cas même est une école en matière de démocratie, de respect des droits de l’Homme, de toutes les libertés fondamentales-, que celui-ci puisse y vivre pendant 50 ans et fait montre de relents dictatoriaux, c’est très étonnant. ‘’Quelle que soit la durée d’un bois dans le marigot, il ne deviendra jamais un crocodile’’ dit-on dans un adage.

Lorsqu’on passe du temps à Paris, fréquente des universités à Paris, on est averti du respect des libertés d’expression, que les libertés des journalistes doivent être absolument respectées. Aujourd’hui, nous exerçons le métier de journaliste avec beaucoup de risques en guinée, sommes très sérieusement persécutés.

‘’Alpha Condé… voulait me recruter ce qu’il n’a pas pu faire’’

Je le rappelai tout à l’heure, nous particulièrement à l’hebdomadaire le DEFI, nos locaux ont été attaqués par des hommes en uniforme. Une plainte déposée à la police judiciaire contre X, il nous avait été demandé, à l’époque, de financer l’enquête, sinon il n’y avait aucune chance de retrouver les quidams. L’enquête s’est limitée là. Moi j’ai eu la chance de rencontrer le président Alpha Condé pour lui dire ce qu’il s’est passé au siège de mon journal, il a tout simplement ‘’juré’’ que ce n’était pas lui qui avait dépêché des gens et qu’il allait s’informer. Il ne s’est jamais informé. En fait, il voulait me recruter ce qu’il n’a pas pu faire.

Pour quoi faire ?

‘’Alpha Condé voulait me mettre au pas, ce qu’il n’a pas réussi et puisqu’il n’a pas réussi, il a continué à me menacer.  Directement et parfois indirectement…’’

Peut-être contre d’autres personnes. Je suis prêt à être recruté si c’est pour travailler pour mon pays à la satisfaction des populations mais je ne suis pas prêt à être recruté par qui que ce soit contre quelqu’un d’autre. C’est ce qu’il a voulu faire avec moi, ce qui n’a pas marché sinon il m’a fait venir à plus de trois reprises à son bureau pour échanger avec lui…Il voulait me mettre au pas, ce qu’il n’a pas réussi et puisqu’il n’a pas réussi, il a continué à me menacer.  Directement et parfois indirectement.

Pour mémoire, exactement, le lundi 29 Avril 2013, j’étais invité de RFI, dans l’émission ‘’Coup de fil à la presse africaine’’, à 7h40, avec Sébastien Jedor, juste après mon interview, Alpha Condé m’a appelé au téléphone pour me menacer très sérieusement puisqu’il n’avait pas aimé mon intervention.

En disant quoi dans ces menaces ?

‘’Alpha condé voulait que je dénonce l’opposition, les anciens premiers ministres qui selon lui, ont agenouillé le pays, volé les deniers publics…Je lui ai dit qu’il n’était pas question de l’opposition plutôt du pouvoir en place’’

Il disait que ce n’est pas honnête, ce n’est pas sérieux de ma part de parler ainsi de son gouvernement et de la Guinée. Je devais dénoncer l’opposition notamment les anciens premiers ministres qui selon lui ont agenouillé le pays, ont volé les deniers publics. J’ai répliqué en lui disant qu’il n’était pas question de parler de l’opposition plutôt de parler du pouvoir en place. S’il pouvait correctement faire son travail et me laisser moi aussi faire le mien, nous avons tous à gagner dans ça et que le peuple de Guinée y trouvera son compte. Mais il m’a laissé entendre …si je ne faisais pas attention que c’était très grave.

Quel bilan faites-vous, du mandat après trois ans, mi-figue mi-raisin, du président Alpha Condé, aujourd’hui décrié par une majorité de guinéens, socialement, politiquement et économiquement ?

‘’Le président Condé n’est pas allé aux funérailles de Briki Momo, le jour de l’enterrement de celui-ci, il a trouvé moyen d’aller battre campagne à Kindia, au compte des législatives…C’est cynique de sa part…’’

Socialement, je ne peux pas dire grand-chose à part du fait qu’il m’ait invité à aller le voir à plus de quatre reprises. Il faut quand même se rappeler que sur le plan social, il y a un acte qui m’a touché : feu Briki Momo (Fodé Idrissa Touré, ancien maire de Kaloum et qui a rejoint Alpha Condé entre les deux tours de la présidentielle 2010, ancien conseiller spécial du président Condé, décédé en Aout dernier au Maroc, ndlr) qui l’a aidé à remporter le scrutin à Kaloum à la présidentielle de 2010 est décédé tout récemment.

Le président Condé n’est pas allé aux funérailles, le jour de l’enterrement de celui-ci, il a trouvé moyen d’aller battre campagne à Kindia, au compte des législatives…C’est cynique de sa part, quand on sait que Briki Momo a perdu tout le monde à cause d’Alpha Condé, il s’est battu contre tous à cause du président Condé.

Politiquement, c’est là où le bât blesse puisque comme je l’ai souvent dit personne ne l’attendait, en tout cas ceux qui l’ont connu, sur le plan économique ou sur un autre plan. On l’attendait sur le plan politique en sa qualité d’ancien opposant, il nous a promis monts et merveille une fois au pouvoir de démocratiser le pays, à avoir des institutions démocratiques et fortes. Mais une fois sur place, il a fait autre chose que ce qu’il a promis, aujourd’hui la démocratie si on peut l’appeler ainsi se porte très mal. Plus mal que jamais.

Economiquement, il a fait souvent cas de son PPTE (Pays Pauvres Très Endettés, point d’achèvement atteint par la Guinée en septembre 2012 avec un allègement de la dette de 2.1 milliards de dollar soit 66 %, ndlr) mais en fait c’est de l’argent fictif. C’est un allégement de la dette mais ce n’est pas de l’argent frais qu’on amène pour les guinéens. Avec ce qu’on vit aujourd’hui en Guinée : La dilapidation, à outrance, des deniers publics, la situation est gravissime.

Comment se porte votre journal le DEFI, aujourd’hui ?

‘’…, l’on a cherché à nous asphyxier en nous coupant les vivres (Publicités, ndlr).’’

Le DEFI se porte bien. Il parait tous les lundis. C’est vrai que depuis un certain temps puisque nous n’avons pas accepté une certaine proposition d’une certaine autorité de ce pays, l’on a cherché à nous asphyxier en nous coupant les vivres (Publicités, ndlr).

Le DEFI a perdu tous ses contrats d’annonces, de publicités. Y a des directeurs de sociétés qui sont des amis qui me disent carrément je peux te donner des sous mais je ne peux plus te donner de marchés puisqu’on nous a signifié que paraitre dans ton journal peut nous porter préjudice. Je vous cite en exemple un contrat qui liait le DEFI à la Banque Centrale a été tout simplement résilié sans motif. Sans motif avéré.

Vos conseils pour la nouvelle génération de journalistes qui arrivent dans ce métier ?

Il ne faut peut-être pas se voiler la face. Je voudrai justement reconnaitre ce que certains disent que le DEFI est en difficultés. Oui difficultés d’une certaine façon peut-être financière par rapport au fait que nos marchés de publicité nous ont été retirés par le pouvoir en place ou par rapport au fait que des journaux, par exemple, proches du pouvoir, qui étaient souvent à l’imprimerie que dispose le DEFI donc il y avait échange de services ou des contrats de marché entre ces journaux et le DEFI… Tous ces journaux ont été déconseillés d’imprimer chez nous. Histoire  de nous couper les vivres pour qu’on ne trouve pas de ressources pour continuer le travail. Qu’à cela ne tienne, le DEFI parait tous les lundis, nous continuons à travailler et c’est une conviction.

Par rapport à la nouvelle génération de journalistes, ce que je pourrai dire, c’est de les encourager à faire mieux que nous, à être très conscients, à savoir que le journaliste a un rôle capital dans la démocratisation de notre pays, la Guinée. Il faut qu’ils acceptent de faire honnêtement, professionnellement le travail du journaliste. Il faut qu’ils dénoncent lorsqu’il s’agit de dénoncer ; il faut qu’ils fassent des propositions de solution lorsque cela est nécessaire mais il faut surtout qu’ils sachent qu’ils ont un rôle d’éducateurs.

Les résultats du scrutin législatif du 28 septembre toujours attendus…

‘’…en réalité le président Condé a échoué ’’

Les résultats notamment de Matoto tardent à venir mais cela prouve à suffisance qu’il y a un tripatouillage des élections. Le scrutin a été entaché de fraudes graves, le pouvoir Condé est en difficultés, sérieusement alors. Sur cinq communes de la capitale quatre sont tombées dans l’escarcelle de l’opposition et la cinquième selon les résultats que nous disposons… le pouvoir en place, faut pas se voiler la face, faut pas avoir peur de dire les mots, est entrain de tout faire pour voler cette commune pour sauver la face mais en réalité le président Condé a échoué.

Interview réalisée par SOW A. Djibril, 655 27 58 90

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