Moussa Iboun Conté, journaliste : ‘’…La presse guinéenne a été un partenaire stratégique et incontournable dans l’amorce du processus de démocratisation dont le président Alpha Condé est le premier bénéficiaire.’’

Ils sont hommes des medias. Vous parlent derrière un micro (Radio), derrière un petit écran (télévision). Ou vous les lisez sur du papier (Presse Ecrite), en ligne (Internet). Mais vous ne les avez jamais eus en personne face à un autre journaliste. La rubrique ‘’Avec un confrère’’ vous gratifie, en vous offrant des interviews de meilleurs journalistes guinéens du moment.

 

Pour ce deuxième numéro, la rédaction de Guineewebinfo.net  a rencontré pour vous Moussa Iboun Conté, journaliste, Directeur de la publication du Bimensuel LA NOUVELLE. Il est également représentant des médias privés au sein de la coalition nationale Publiez Ce Que Vous Payez (CPCQVP)... Itou, nous avons évoqué  la situation sociopolitique du pays, des perspectives pour une presse responsable, libre et d’équilibre. Nous l’avons interrogé, en aparté, à la maison de la presse Entretien exclusif.

 

Guineewebinfo.net : Votre constat sur l’exercice du métier de journaliste en Guinée

 

Moussa Iboun Conté : Je te remercie de l’opportunité que tu m’offres de parler de nous (journalistes). Les journalistes n’aiment parler d’eux. Nous aimons écrire sur les autres mais nous n’aimons pas parler de nos problèmes, je crois que  cette opportunité est précieuse pour moi pour parler des problèmes que les medias (privés) guinéens rencontrent, le cadre juridique qui les protègent et les donnent pouvoir d’accéder aux sources d’informations qui demeurent verrouiller.

 

Il faut aussi reconnaitre la faiblesse des gens qui tiennent le cadre institutionnel, je veux parler de l’autorité de régulation des medias guinéens, le Conseil National de la Communication. Cette entité ne fait aucun effort pour que les journalistes aient accès aux sources d’informations officielles, pour que le journaliste guinéen soit protégé. Dans l’un comme dans l’autre cas, il faut déplorer-il est rare qu’on parle de nous- que beaucoup de journalistes ne font pas d’effort pour essayer de connaitre l’étendue et la limite des pouvoirs que la loi leur donne. Vous-même tentez l’expérience, vous pouvez interroger vos amis qui sont avec vous, qui partagent le quotidien avec vous à la maison de la presse …Dans la plupart des cas, les patrons de presse se séparent dans des conditions non souhaitées d’avec certains journalistes sans régalements décents.

 

Récemment le président Alpha Condé, au cours d’une réception dans le palais Sekoutoureyah affirmait : « Il n’y a pas de journalistes en Guinée », votre appréciation ?

 

‘’…La presse guinéenne a été un partenaire stratégique et incontournable dans l’amorce du processus de démocratisation dont le président Alpha Condé est le premier bénéficiaire.’’

 

Je condamne les propos du président Alpha Condé. Je pense que ces propos ne devraient pas venir de lui. Lui que les journalistes ont aidé, qui a partagé le quotidien des journalistes quand il était opposant. Lui qui connait mieux quiconque le rôle majeur que les journalistes guinéens ont joué dans l’amorce du processus de démocratisation, je ne suis pas d’accord avec le président de la république parce que mieux que quiconque il connait parfaitement la presse guinéenne. Il sait que la place qu’il occupe aujourd’hui la presse a joué pleinement sa partition. Lorsqu’on est partenaires de tels propos n’ont pas leur place. La presse guinéenne a été un partenaire stratégique et incontournable dans l’amorce du processus de démocratisation dont le président Alpha Condé est le premier bénéficiaire.

 

Au cours du diagnostic sur l’exercice du métier de journaliste en Guinée, vous avez fait état de cas incongrus de patrons de presse qui virent des journalistes purement et simplement, avez-vous oublié que le marché de la publicité est un œuf de serpent ?

 

J’en appelle aux confrères et consœurs qui bénéficient d’une part importante du marché publicitaire de songer à ceux qui n’en ont pas, qu’il y ait un élan de solidarité entre les plus nantis et les moins nantis dans le cadre de la distribution de peu de publicités qui circulent aujourd’hui dans l’espace de la presse privée en guinée.

 

Les menaces contre les journalistes fusent depuis un certain temps : C’est Mandian Sidibé (Planète FM), El hadj Thierno Mamadou Bah (le défi), notre confrère de la radio Bâté FM à Kankan, la fermeture de Zali Liberté FM à Nzérékoré, d’autres confrères reçoivent des appels anonymes les menaçant de « mort » parce qu’ils critiquent la gouvernance du régime en place. Ça vous dit quoi ?

 

Il faut rappeler aux journalistes à mieux cerner leur  cadre juridique institutionnel et d’éviter de dévier ce qui, le cas échéant, les rendrait vulnérables devant les prédateurs de la liberté de la presse. On doit faire ce travail de préparation, de mobilisation de nos confrères pour que nous ne soyons pas la « proie facile » des prédateurs de la liberté de la presse.

 

‘’…Les gens qui ne veulent pas que les délits de presse soient dépénalisés ne s’avouent pas vaincus et ce sont les mêmes personnes qui continuent à entretenir la confusion car il n’y en plus’’

 

Ensuite nous passerons à l’assaut de ces prédateurs de la liberté de la presse en faisant ce travail préalable- C’est fondamental à mes yeux-, quand il n’y aura plus de manquement aux codes de déontologie de la profession, de violation de la liberté de la presse, on aura notre propre charte  de chaque type de média, en plus des nouvelles lois sur la liberté de la presse, des statuts de nos organisations de base (les associations de presse)- je crois que c’est une victoire qui a été obtenue à l’arrachée de cheveux par les membres de la commission Communication du Conseil National de la Transition, ils ont toute ma reconnaissance- Les gens qui ne veulent pas que les délits de presse soient dépénalisés ne s’avouent pas vaincus et ce sont les mêmes personnes qui continuent à entretenir la confusion car il n’y en plus.

 

’La cour suprême faisant office de la cour constitutionnelle dans sa chambre administrative s’est prononcée sur la conformité de la nouvelle loi sur la liberté de la presse avec la constitution, 25 Aout 2011’’

 

Au moment la cour suprême faisant office de la cour constitutionnelle dans sa chambre administrative s’est prononcée sur la conformité de la nouvelle loi sur la liberté de la presse le avec la constitution, 25 Aout 2011 et que ça été promulgué par le chef de la junte en 2010, Gl Sekouba Konaté, communiquée aux cours et tribunaux de la république de Guinée, elle est devenue loi de la république. À moins que je ne m’abuse, tous les procès intentés contre les journalistes auxquels j’ai assisté, l’ont été sur la base de cette nouvelle loi … Même quand vous regardez la dernière page dans le dernier chapitre de la loi nouvelle loi L002 sur la liberté de la presse.

 

Votre arrivée au sein de la commission communication de l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (ITIE) a fait des remous. Qu’en est-il ? Quel rôle joue le représentant des medias privés dans cette commission ?

 

Moi je n’ai pas voulu bâtir mon bonheur sur le cadavre d’un confrère, j’ai dit non à Aboubacar Akoumba  Diallo, on te demande de libérer la place et tu résistes. Qu’est-ce tu veux ? Parce qu’il y a deux postes de représentativité pour les medias guinéens, tu occupes tous ces deux postes concomitamment : à l’ITIE et à la coalition  nationale Publiez Ce Que Vous Payez. Comme tu es à l’ITIE, libère l’autre poste. Il a accepté.

 

’ Moi je n’ai pas voulu bâtir mon bonheur sur le cadavre d’un confrère… Aboubacar Akoumba Diallo est au niveau de l’ITIE et moi je suis à la coalition  nationale Publiez Ce Que Vous Payez, comme représentants des medias’’

 

 Aujourd’hui, il est revenu à la Coalition Publiez Ce Que Vous Payez, ça ne cause pas de problème chez moi car je le réitère il n’est pas de ma nature de bâtir mon bonheur sur le cadavre d’un confrère. Donc, il est (Aboubacar Akoumba Diallo) est au niveau de l’ITIE et moi je suis à la coalition  nationale Publiez Ce Que Vous Payez, comme représentants des medias. La coalition nationale Publiez Ce Que Vous Payez, c’est la société civile mondiale qui a un œil sur les revenus que perçoivent les états vis-à-vis des multinationales qui évoluent dans le névralgique secteur minier.

 

La gouvernance du président Alpha Condé vous désenchante-elle ?

 

‘’ …Les guinéens tirent le diable par la queue. Aujourd’hui tous les prix ont grimpé. À l’école les frais de scolarité des enfants augmentent, les prix des fournitures scolaires sont excessifs. Les denrées alimentaires ont subi une certaine augmentation. Les prix des loyers dans les quartiers aussi augmentent’’

 

La pauvreté augmente dans le pays et les salaires ne suivent pas l’effet bénéfique de cette prouesse économique que l’on évoque souvent dans le cadre de l’atteinte du point d’achèvement de l’initiative Pays Pauvres Très Endettés (la Guinée a atteint le point d’achèvement après le point de décision atteint en 2000, en septembre 2012, ndlr).

 

Les effets bénéfique ne sont pas encore perceptibles dans le panier de la ménagère ni sur le salaire du fonctionnaire guinéen. Les guinéens tirent le diable par la queue. Aujourd’hui tous prix ont grimpé. À l’école les frais de scolarité des enfants augmentent, les prix des fournitures scolaires sont excessifs. Les denrées alimentaires ont subi une certaine augmentation. Les prix des loyers dans les quartiers aussi augmentent…C’est vrai la réduction de l’inflation est en train de s’opérer pour la ramener à un chiffre, il y a une stabilité des prix de denrées tel que le riz sur le marché guinéen au même moment les prestataires de services ont revu à la hausse les prix de leurs prestations, le prix des autres produits a augmenté grevant ainsi le maigre salaire qu’on accorde au fonctionnaire guinéen. Qu’est-ce qu’on fait du sort de plus 75%  de guinéens qui vivent dans le secteur informel ?

 

Aujourd’hui, il y a 55 mille fonctionnaires guinéens qui ne gagnent pas 1 dollar par jour donc le nombre de pauvres ne fait qu’augmenter à travers le pays. Quand vous voyez le nombre de nos compatriotes qui mendient la charité de ceux des guinéens qui sont nantis, c’est désolant. Je ne parle de ces mendiants sur le long des rues mais des mendiants qui arpentent les couloirs des ministères qui sont à la recherche de pitance quotidienne, qui investissent les rouages de l’administration centrale et du secteur privé à la quête de l’argent. Qui pour se soigner. Qui pour donner à manger  sa progéniture. Je crois qu’on n’a pas besoin d’un bureau d’étude pour être au fait de cette situation. Le nombre de pauvres a augmenté. Regarder aujourd’hui le secteur des transports, les gens continuent à se battre, à des heures de pointe,  pour obtenir un moyen de transport pour se déplacer contre vents et marées.

 

Votre journal La Nouvelle a-t-il de bonnes nouvelles, une entreprise nait, grandi et se projette vers l’avenir, à nous annoncer ?

 

Nous sommes en train de fidéliser certaines rubriques dans le journal la Nouvelle. Nous devons collaborer avec certains spécialistes dans certains domaines à qui nous consacrerons certaines pages qu’ils alimenteront par le fruit de leurs réflexions de plusieurs années d’étude et de recherche. Donc, il y aura des rubriques consacrées aux économistes, aux sociologues… nous autres allons animer des rubriques relatives au secteur minier car on a eu beaucoup de formations concernant ce secteur, l’actualité nationale et juridique de notre profession.

 

Des propositions de solutions pour des medias plus responsables…

 

Toutes les lois afférant à notre métier doivent être maitrisées, il ne faut plus qu’on nous marche sur les pieds, qu’on ne laisse plus par les prédateurs de la presse. Quand vous connaissez vos droits, les gens ont peur de vous. Quand vous connaissez vos devoirs, vous n’allez pas commettre de bévues. Vous n’irez jamais à l’encontre des lois de la république. Tout le monde va vous respecter.

 

’La panacée pour moi c’est la connaissance et la maitrise du cadre juridique des lois qui régissent notre profession contre les abus et les violations que subissent les journalistes de la part des prédateurs de la liberté de la liberté de la presse. À part les journalistes appelés prosaïquement « Journalistes alimentaires »’’

 

Dès que vous commencez à faire un travail en vous appuyant sur l’opportunité juridique et constitutionnelle que votre pays vous offre, vous serez à l’abri de la maltraitance, des procès d’intention, parfois à tort. La panacée pour moi c’est la connaissance et la maitrise du cadre juridique des lois qui régissent notre profession contre les abus et les violations que subissent les journalistes de la part des prédateurs de la liberté de la liberté de la presse. À part les journalistes appelés prosaïquement « Journalistes alimentaires ».

 

Votre dernier mot

                   

 Je crois que c’est une expérience nouvelle qui va inspirer les autres, aller vers les autres confrères pour qu’on parle de nos problèmes qu’on attire l’attention des gens. Comme vous êtes lu en dehors de la Guinée, un jour, espérons que des institutions  s’intéresseront à la presse guinéenne, quand elles auront compris le « danger » qui nous guette. Le médecin volera au secours des malades que nous sommes, les medias. Il faut faire ça. En Guinée la presse a plus d’ennemis que d’amis. La seule façon pour nous de résister face aux prédateurs de la liberté de la presse, c’est notre solidarité entre  nous journalistes.

Interview réalisée par SOW A. Djibril, 655 27 58 90

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