Mamadou Hassimiou Souaré- Africaguinee.com : ‘’ je regrette… Le CNC n’est pas en train de jouer son rôle’’

Ils sont hommes des medias. Vous parlent derrière un micro (Radio), derrière un petit écran (télévision). Ou vous les lisez sur du papier (Presse Ecrite), en ligne (Internet). Mais vous ne les avez jamais eus en personne face à un autre journaliste.

 

La rubrique ‘’Avec un confrère’’ vous gratifie, en vous offrant des interviews de meilleurs journalistes guinéens du moment.

Pour ce cinquième numéro, la rédaction de Guineewebinfo a rencontré pour vous Mamadou Hassimiou Souaré, Chef du bureau Africaguinee.com© en Guinée. Il nous a reçus fin janvier dans ses bureaux à Coleah, Cité chinoise Entretien exclusif.

 

Guineewebinfo.net : Bonjour, votre diagnostic sur la pratique du métier de journaliste en Guinée ?

Mamadou Hassimiou Souaré : Bonjour à tous les lecteurs.

C’est vrai qu’aujourd’hui nous remarquons une certaine avancée sur l’espace médiatique guinéen. Il y a une floraison de sites d’informations, au niveau de la presse en ligne. Des efforts sont en train d’être faits au niveau de la presse écrite. Tous les jours nous remarquons une certaine amélioration au niveau de cette catégorie de presse. Au niveau des medias audiovisuels (Radio, TV), il y a une forte expansion parce que si nous prenons les années 2009-2010, bien qu’il y ait eu la libéralisation des ondes, il n’y avait pas autant de medias dans cette corporation, quantitativement.

Si nous prenons coté qualité, c’est vrai qu’il y a une certaine amélioration mais des efforts restent à fournir. Nous tous qui évoluons dans ce métier-là, devons chercher à nous remettre en cause. C’est vrai que, d’un côté, il y en a qui font leur boulot de façon professionnelle même si la perfection n’est pas de nature humaine, croyez-moi, il y en a parmi nous qui fournissent de gros efforts, ont l’amour du métier, cherchent vraiment à s’améliorer davantage. De l’autre côté, il y a des gens qu’on pourrait qualifier de brebis galeuses qui utilisent ce métier, du coup donnent une mauvaise image à ce métier que je trouve très noble…Il faudrait que nous à notre niveau, en tant qu’hommes des medias qu’on fasse en sorte de balayer notre maison. Qu’on fasse la part des choses, qui est journaliste et qui ne l’est pas.

Pratiquement des problèmes surgissent entre les employés (les journalistes) et les patrons de presse : manque de formation des journalistes, difficultés pour les patrons de presse à se procurer des annonces publicitaires. À ce niveau, n’est-il pas nécessaire de prioriser la formation des journalistes (les employés), ou le cadre institutionnel des patrons de presse qui sont pour la plupart confrontés à un manque criard de marché publicitaire pour, ne serait-ce, améliorer l’image de notre métier…L’argent n’est-il pas le nerf de la guerre ?

Je pense que vous avez souligné un point très important, il y a nécessité pour nous journalistes de chercher toujours à nous former, à améliorer davantage le travail que nous sommes en train de faire. Si vous prenez le cas des patrons, ce sont des investisseurs. Ils ne sont pas forcément des journalistes. Ils font légion…Ils sont à la recherche du profit. Ceci dit, les patrons de presse doivent normalement investir beaucoup dans la formation. Il faut chercher à améliorer la qualité du travail que nous journalistes sommes en train de faire car ce sont des informations que nous mettons à la disposition de notre public. Donc, il y a cette nécessité. Aux journalistes aussi de faire cette proposition, de ne pas rester dans ce trin trin quotidien genre conférences de presse qui n’apportent rien ; ou juste à la quête de l’argent comme on le dit. D’ailleurs, je profite de cette occasion pour dire clairement contre cette histoire de per diem de transport qu’on donne très souvent aux journalistes, ce qui les rend paresseux et dépendants. Si tu reçois déjà de l’argent de la part de quelqu’un, dis-toi que tu ne pourras pas jouir d’une certaine indépendance lors de la rédaction de ton article. Donc, il y a du boulot à faire à ce niveau-là. Et c’est le moment d’interpeller non seulement les patrons mais surtout les journalistes, de nous remettre en cause et de savoir qu’il y a nécessité pour nous de nous former pour mieux qualifier notre travail.

« Il n’y a pas de journalistes en Guinée », dit Alpha Condé. Ça vous remue ?

Sincèrement, j’étais très sidéré par cette déclaration du président Alpha Condé mais autant j’ai été choqué par ces propos autant j’ai été réconforté quand récemment il a reçu certaines  associations de presse. Ensuite, il a reçu un certain nombre de journalistes aux cases Belle vue. Il n’a pas manqué de rappeler l’importance du rôle que la presse joue dans la société. Ce jour, j’étais très réconforté. C’était une façon pour lui de faire son mea culpa ; rétropédalage parce que ce n’était pas des propos qui devaient venir de la première autorité du pays. Au contraire, s’il y a des manquements-D’ ailleurs ce n’est pas seulement au niveau des journalistes qu’il y a des manquements, toutes les corporations sont concernées- en tant que chef de l’état il devait chercher à davantage qualifier cette presse. C’est le lieu aussi de rappeler que, il faut oser le dire, les liens entre la presse locale et le président Alpha Condé n’ont jamais été au beau fixe. Laissez-moi vous dire, vous avez la veine de voyager, comme moi d’ailleurs, il très rare de rencontrer un journaliste guinéen dans les grandes rencontres internationales. Pire, quand la première autorité du pays voyage, normalement pour des cérémonies officielles dans les autres pays, généralement le président se fait accompagner d’une équipe multimédia. Je ne suis en train de dire qu’il faille absolument que la presse locale soit dans tous les déplacements du chef de l’état mais il y a des cérémonies dans lesquelles la presse doit être associée parce que nous sommes censés vendre l’image de notre pays. Un investisseur qui se trouve par exemple du côté des Etats-Unis, en Europe ou ailleurs, qui a envie de s’informer sur la Guinée, il tape tout de suite Guineewebinfo.net©, Africaguinee.com© ou en tout cas un autre site d’informations, il essaie d’écouter ou il cherche avoir un journal pour savoir ce qui s’y passe. Si en lisant un site d’informations, il ne voit qu’une manifestation en vue ou des coupures de courant partout c’est bon signe pour l’encourager…

Même s’il y a eu quelque part des acquis, le gouvernement n’a pas pu les capitaliser parce que les dirigeants refusent d’accepter que la presse peut vendre l’image de notre pays. J’étais à Abu Dhabi lors de cette conférence des partenaires et investisseurs de la Guinée, croyez-moi certains ont dû remarquer, constater l’importance de la presse. Il y avait une volonté de voir la presse guinéenne faire une bonne présentation de l’image de la Guinée. Nous sommes avant tout des guinéens, censés défendre la bonne cause quand il s’agit de notre, faudrait-il que nous soyons associés. Nous avons assisté au choix des organes devant prendre part à la conférence pour la couverture médiatique, qui n’a pas été du tout transparent. C’est des choses qu’il faut dénoncer. Il faut mettre en valeur les compétences. Mettre en avant les gens qui ont l’amour pour ce métier, qui cherchent à s’améliorer davantage.

Pourtant

C’est pourquoi l’attitude du chef de l’état a surpris plus d’un parce que les gens espéraient qu’avec l’arrivée du président Alpha Condé au pouvoir, étant avant un homme de droit, de surcroit qui a vécu « l’injustice » et tout le monde sait ce que la presse privée locale a eu à jouer comme rôle pour sa libération. Tous les jours des articles liés à sa libération paraissaient dans les journaux, la presse en ligne n’avait pas cette place qu’elle a aujourd’hui, idem que les radios ; mais la privée écrite, toutes les fois qu’un journal paraissait, il y avait un article qui concernait l’emprisonnement du président Alpha Condé. Et dès sa sortie, vous le rappeliez d’ailleurs, il a fait le tour de certaines rédactions, les remercier. Les gens ne s’attendaient pas à un miracle mais au moins qu’il soit reconnaissant vis-à-vis de cette presse-là. Si aujourd’hui Alpha Condé après 3 ans de gouvernance n’a pas voulu rencontrer la presse de façon officielle ; expliquer clairement comment il en train de gérer ? Comment il gouverne le pays ? Et faire en sorte que la presse l’accompagne dans la mise en œuvre de son projet de société. Je pense que c’est plutôt une surprise qu’une désillusion. J’avais de l’espoir. J’étais convaincu que tel n’allait pas être son comportement, l’attitude qu’il allait adopter mais espérons que, peut-être, avec la mise en place annoncée de d’une nouvelle équipe gouvernementale, il y aura des nouveaux conseillers qui seront au palais Sekhoutoureyah et réussiront à lui (Alpha Condé) inculquer la culture de la communication. On a comme l’impression que cela manque. Il faut se féliciter des apports du porte-parole du gouvernement (Damantang Albert Camara, ndlr), je le réitère, qui fait tant bien que mal son boulot.  Il essaie de mettre à la disposition des journalistes les informations qui leur faut. Nous avons vécu les différentes manifestations. Chaque fois qu’il y avait un cas de mort, nous recevions automatiquement des communiqués. On n’avait pas besoin de passer des coups de fil…

Mandian Sidibé de Planète FM a toujours maille à partir avec le régime actuel en place. Certains disent que ces agissements sont vindicatifs. D’autres disent le contraire…Votre avis là-dessus ?

Je pense qu’entre nous journalistes, nous devons nous dire la vérité. D’un côté on parle souvent de liberté de la presse mais il ne faudrait pas qu’on en abuse. Avant tout, le journaliste c’est un citoyen. Nonobstant la liberté d’expression de tout citoyen comme je l’ai dit tantôt, il y a une certaine limite. C’est bien de critiquer, de chercher à mener des investigations pour donner certaines informations à la population mais vous le savez bien comme moi il y a des informations quand ça touche la vie privée d’une autorité, tu ne dois pas les divulguer.

En principe le journaliste devrait savoir quelles sont les 3 sources d’information protégées…

À ce niveau, je pense qu’il y a vraiment du travail à faire. Loin de vouloir jeter l’anathème sur notre confrère, croyez-moi, tout n’est pas rose à ce niveau-là aussi. À titre d’exemple, le dernier incident sur instigation de Mandian au sein de la radio Planète FM. C’est regrettable. Il y a eu un cas de mort. J’ai suivi personnellement cet épisode-là… Un journaliste quand il est menacé il y a les différentes associations de presse qu’il faut chercher à interpeller. Il faut aussi alerter la police, la gendarmerie, ou même le Conseil National de la Communication pour que les uns et les autres puissent réagir, mais je ne peux pas comprendre qu’un journaliste se mette derrière son micro à appeler, je ne dirai pas une sorte de révolte populaire. Quand des gens sortent pour s’attaquer aux privés des personnes jusqu’à ce qu’il y ait un cas de mort, c’est quelque chose qu’il faut regretter. Ce n’est pas tout ce qu’on a dans la tête qu’on doit dire. Le journaliste est quelqu’un qui est sans état d’âme. Ce n’est pas que tu dois compatir…mais quand tu es derrière ton micro, ton ordinateur en train d’écrire un article tu dois savoir faire ton travail de façon objective. Sans parti pris. Dans l’éthique et la déontologie du métier. Du coup, je regrette le travail que fait le CNC à travers sa présidente (Martine Condé, ndlr). Le CNC n’est pas en train de jouer son rôle. Moi j’aurai voulu avoir une institution pour récompenser les journalistes qui font très bien leur boulot. Une institution qui cherche à cadrer les gens. Sans pour autant restreindre les libertés des uns et des autres mais qu’il y ait moins de dérapage. S’il y a un journaliste qui fait n’importe c’est toute la corporation qui serait vraiment sali. Moi ça me met mal à l’aise que je sois assimilé à n’importe qui. Que je sois mis dans le même lot qu’un certain nombre de personnes. Le CNC a pour rôle, bien sûr, de protéger les journalistes. Quand un journaliste est attaqué, le CNC doit hausser le ton. Il doit aussi intervenir quand il y a des dérapages. Je pense qu’il y a des sanctions prévues pour cela ; comme je l’ai soutenu tantôt, le CNC doit initier des sanctions positives pour ceux-là qui sont en train de bien faire leur travail. C’est souvent quelques associations parfois fantômes qui ne connaissent même pas les medias à fortiori les journalistes qui organisent des concours de ceci ou de cela et après ces des journalistes ou des organes qui sont primés, généralement pas les plus méritants.

Le bilan des 3 ans de gestion de pouvoir président Alpha Condé : Politiquement, économiquement, socialement ?

Bon ! Parler de bilan, c’est faire une rétrospective. Quelles étaient les attentes des populations lors de l’avènement de cette nouvelle république parce qu’il y avait beaucoup de promesses. Les gens se faisaient plus d’illusion comme quoi maintenant c’est la fin de la transition, c’est un nouveau régime donc les choses vont bouger pour changer. Et d’ailleurs, c’est son slogan : le changement. Les gens s’attendaient à un miracle même si de l’autre côté, faut-il le rappeler, Alpha Condé n’a pas de baguette magique pour tout changer en une journée.

Sur le plan social, il y a eu cette fragilisation de l’unité nationale. Aujourd’hui, il suffit d’écouter les radios, à travers les intervenants vous êtes tout de suites situer sur l’ethnie de chacun. Quelle tendance chacun défend ? C’est quelque chose qui me choque. Je voudrai bien débattre avec quelqu’un mais il faut que ce soit basé sur des critiques objectives. Si c’est baser sur l’ethnie, une quelconque appartenance politique, je me dis que ce sont choses subjectives. Aujourd’hui, C’est quelque chose que nous regrettons tous. Il faut le rappeler tout est parti de cette élection présidentielle 2010 ou la plupart des candidats pour ne pas dire tous, ont prôné l’ethnie ; chacun a parlé de son ethnie. Les scores du 1er tour de l’élection présidentielle en font foi. Donc, les gens s’attendaient à ce que l’unité nationale soit une priorité.

Si vous prenez toutes les revendications politiques qui se sont finalement transformées en revendications sociales parce que nous avons assisté à toutes les revendications par rapport au manque d’électricité, à un moment donné au manque d’eau dans les robinets. Cela a entrainé beaucoup de morts. Sur ce plan aussi ça n’a pas été très beau en 2013.

Economiquement, il faut certes se féliciter de l’atteinte du point d’achèvement de l’initiative PPTE (Pays Pauvres Très Endettés). Ceci a permis à la Guinée de bénéficier de la confiance des différents partenaires. Puisque la Guinée ne va plus payer une partie de sa dette, cet argent-là qui était prévu dans le budget doit normalement être en train de servir à autre chose, dans d’autres secteurs. Donc, certes il faut se féliciter de cela mais il y a de l’autre côté le fait que la plupart des grands investisseurs ont quitté la Guinée. Il faut expliquer ces départs de grands investisseurs par la façon dont les gens ont été traités. Les contrats ont été renégociés ; quelque fois on leur a même imposé certaines choses. Regrettable. Un investisseur c’est quelqu’un qui est à la recherche du profit. Même si des gens avaient eu à signer des contrats avec eux(les investisseurs), l’état c’est la continuité. Le nouveau régime mis en place doit négocier avec les investisseurs, les orienter au lieu de les mépriser : La fermeture de l’usine de Fria (Détenue par Rusal), le départ de BHP Billiton, … Le projet Simandou qui peine à démarrer. Toutes ces recettes ont été perdues et on espère avec la fin de cette transition, les gens vont revenir, chercher à regagner confiance dans la Guinée. Mais croyez-moi l’investisseur, ce n’est pas le beau discours qui l’attire mais un certain nombre de choses : la sécurité, la justice… ce sont des facteurs très importants. Tu ne peux pas venir investir dans un pays même si tu es de ce pays si toutes fois tu entends tous les jours qu’il y a des assassinats par-ci, des assassinats par là. Ça ne rassure pas. L’argent a peur du bruit, dit-on. La justice, on parle très souvent de l’indépendance de la justice. Cela m’amène d’ailleurs à rappeler certains propos du président Alpha Condé qui à l’aube du nouvel an 2013 que c’était l’année de la justice mais quand nous faisons un récapitulatif de tout ce qui s’est passé en 2013, je ne pense qu’il y ait grand changement mais à voir d’ailleurs le budget de la justice exercice 2013, vous vous rendrez compte que ça ne pouvait être l’année de la justice parce que le budget alloué au département de la justice était très faible. Il faut faire dans les juridictions de notre pays : les tribunaux, la cour d’appel. Il n’y a même pas d’armoire où ranger les dossiers. Je pense qu’il y a un certain nombre de choses qu’il faut chercher à corriger. J’ai l’impression que le guinéen est devenu beaucoup plus individualiste, ne sait plus ce qu’on appelle autorité de l’état. Je suis désolé mais vous pouvez assister à des scènes inouïes ou quelqu’un peut venir en plein carrefour se mettre à l’aise ou bien un chauffeur de taxi qui débarque ses passagers au beau milieu de la route sans gêne. Quand vous l’interpeller, il vous insulte en retour. Il y a un certain manque de civisme qui ne dit pas son nom. Un étranger qui débarque de l’avion et emprunte un taxi en direction de son hôtel, voit de telles choses, il va avoir une mauvaise impression du pays. Il faut absolument que les autorités et les citoyens que nous sommes prennent conscience que nous sommes en retard. Il suffit de faire un tour dans les pays voisins, en Europe ou ailleurs pour se rendre compte du retard que nous accusons mais malheureusement nous ne prenons pas conscience de ce retard. C’est dommage.

Après l’assassinat des deux journalistes de RFI, les Nations-Unies ont voté une résolution instaurant une ’’ journée mondiale de protection des journalistes’’, chaque 1er Novembre. Mieux vaut tard que jamais, non ?

Je pense que la sécurité des journalistes devrait interpeller tout un chacun. Des autorités au citoyen lambda. Mais aussi nous les journalistes, les différents patrons de presse. On ne peut être informé que lorsqu’il y a un journaliste. Les journalistes courent de grands risques. Nous n’avons certes pas connu de guerre chez nous- D’ailleurs je ne souhaite pas- mais rien qu’avec les différentes manifestations politiques qui se sont déroulées ici, j’imagine tous les risques que nous courions à l’époque. J’ai du mal même à fermer l’œil. Les journalistes étaient entre le marteau et l’enclume. D’un côté, il y a les forces de l’ordre. De l’autre côté, il y a les manifestants. Chacune des parties a sa façon de se défendre. Les manifestants ont des gourdins, des lance-pierres…Les forces de l’ordre, quelque fois, utilisent des balles réelles. Donc, le journaliste est exposé. Avec son dictaphone, son appareil photo, tu ne te différencies pas trop des manifestants. Parfois on t’agresse à cause du matériel qui tu as. Ça doit attirer l’attention de tout le monde. Je me réjouis d’ailleurs du fait que les Nations-Unies aient voté que cette journée soit consacrée à la liberté de la presse…Il faut s’en réjouir mais ce n’est pas une fin en soi, on doit aller plus loin. Le cas Nobert Zongo, n’est toujours pas élucidé. Il y a plein d’autres assassinats, de disparitions, entend-on à l’étranger notamment dans les zones à conflit. Fort malheureusement, on ne se contente que simples condamnations, de discours. Des dispositions réelles ne sont pas prises, ce que moi je regrette. Mais lors d’une formation récemment à Dakar, j’ai eu à échanger avec un responsable de la fédération internationale des journalistes qui m’a confié que des démarches étaient en train d’être menées pour que les Nations Unies aillent plus loin, de sorte que quand quelqu’un s’attaque à un journaliste que tu sois du côté des rebelles ou des forces gouvernementales que tu sois punis comme si tu avais commis un crime contre l’humanité ou un crime de guerre. En tout cas, quand on voit un journaliste, qu’on sache que c’est quelqu’un qu’on ne doit à attaquer. Un journaliste qui travaille de façon professionnelle, n’a pas à intervenir dans un conflit. Il ne rend compte que sur les faits, ne parle que des faits. C’est vrai qu’il y a des dérapages souvent mais cela ne doit pas être une excuse pour s’attaquer, surtout physiquement au journaliste. En Guinée, on n’a pas assisté à de tels cas de figure. Y a pas eu d’emprisonnement de journalistes, à ce que je sache par contre il y a du travail à faire à ce niveau. Les gens doivent être sensibilisés, surtout les forces de l’ordre. Quand tu te présentes comme journaliste, normalement on doit accorder- je ne dirai certains privilèges- une facilité pour faire ton travail. Celui de recueillir des informations pour les mettre à la place publique.

Généralement, on a de petits soucis avec les forces de l’ordre ou les autorités. Mais, quand ces gens se retrouvent dans la merde, ils font toujours appel à la presse pour passer leur message. Je ne vais citer des exemples mais juste qu’il faut se rappeler d’un certain nombre de dossiers à travers certaines personnes qui à un moment étaient très puissantes, qui se comportaient mal avec certains hommes de medias mais qui a un moment donné vu leur sort confié à la presse… Il faut que les gens sachent que la presse est une sorte de passerelle entre les gouvernants et les gouvernés. Les gouvernants posent des actes, il faudrait que les gouvernés soient informés sur les actes posés. Rendre compte.

Une esquisse de solutions pour des medias plus responsables, professionnels, qui jouent pleinement leur rôle dans une société démocratique…

Il faut rappeler qu’il faut la convention collective. On en a tant parlé. Il faut que cela soit une réalité maintenant dans notre pays. Parce que, un journaliste, pour qu’il soit à l’abri d’un certain nombre de pratiques, il faudrait qu’il soit mis dans certaines conditions. On ne peut reprocher à un journaliste qui est mal payé, sans matériel de travail pas simplement que l’organe n’a pas les moyens de le faire mais quelque fois certains patrons de presse font de l’égoïsme. Tous les patrons de presse ne sont pas dans le même lot. Il y a des organes de presse qui peuvent se permettre de faire certaines choses, d’avoir certaines initiatives. Le minimum c’est de mettre les moyens à la disposition des journalistes, le matériel de travail. Après tu exiges de lui un travail bien fait, très correct de façon impartiale. Un travail qui respect l’éthique et la déontologie du métier. Si, même le matériel manque je pense que tu ne peux pas être exigeant vis-à-vis de ton employé qui est le journaliste. Il y a de l’autre côté, ceux-là qui sont venus dans le métier, je ne dirai pas par accident, juste parce qu’ils gagnent le prix du pain. Voyez un peu le déroulement des conférences de presse, la location de la maison de la presse, c’est 500 mille fg. Avec moins de ce montant, tu peux inviter un parterre de journalistes, raconter n’importe quoi. Je suis très content de la décision de la direction de la maison de la presse, d’interdire des per diem  ou toute autre forme de corruption, l’arnaque, soit faite en son sein. Si tu organises une conférence de presse tu n’as plus ce devoir, en tout dans la cour de la maison de la presse, de donner de l’argent à qui que ce soit. Il y a des gens qui venaient-là qui n’étaient même pas des journalistes. Ils attendent le communiqué final comme on le dit. C’est un fait qu’il faut chercher à bannir. Ça ne fait pas honneur à notre métier.

Parmi les esquisses de solution, il faut que nous acceptions de nous conformer aux autres. Vous avez eu la chance de visiter plein de pays ou vous avez rencontré pleins de confrères de la sous-région, de l’Afrique et même du côté de l’Europe. Vous voyez combien de fois ces gens-là sont en avance, ont une certaine vision de la pratique du métier. Sio tu ne bouges pas, tu ne sauras pas comment les autres sont en train d’évoluer. Malheureusement, tu vas rester dans ton coin pensant que le monde se résume à ça. Alors qu’il est tout autre. Il serait important que les journalistes aient les moyens et qu’ils puissent explorer d’autres pays, voyager, assister à de grandes rencontres pour savoir par exemple comme interviewer une grande personnalité, comment l’aborder, quelles sont les questions à lui poser ? Il ne faut pas se limiter aux conférences de presse des différentes associations fantômes très souvent à la maison de la presse. Il faut rappeler que tout n’est pas rose du côté des patrons de presse. J’en connais quelque chose. Je suis en même temps journaliste et patron de presse. Je suis imprégné des difficultés que traversent les journalistes et croyez-moi c’est quelque chose de très compliqué parce que les opérateurs économiques du pays n’ont pas la culture de la publicité. Tu ne peux pas aller vers un opérateur économique lui faire une proposition et que tu t’attendes à quelque chose.

S’il n’y a que 10% qui bénéficient des marchés publicitaires, c’est dérisoire. Et les autres que feront-ils ? Ils seront obligés de prostituer leur plume. Ils feront n’importe quoi. C’est pourquoi il faut qu’il y ait l’accompagnement des opérateurs économiques, des autorités pour avoir une presse responsable. Si le journaliste fait son travail de façon très correcte, croyez-moi, ça pourrait nous éviter certaines choses. Pour ne pas revenir à ce qu’il s’est passé dans d’autres pays comme le Rwanda. La communication, c’est une arme très redoutable. Tu véhicules un message-je ne dirai pas heureusement ou malheureusement- qui est perçu comme parole d’évangile par ceux-là qui te lisent, qui t’écoutent. Il faut que la personne qui est derrière son micro, son ordinateur en train de rédiger un article sache c’est de l’information mais il faut que je fasse attention aux messages que je vais véhiculés en direction des citoyens.

Votre media Africaguinee.com a-t-il grandi ou il est en train de grandir ?

Africaguinee.com© a été créé en 2006. On a du chemin encore à faire. Notre baromètre ce sont nos lecteurs. Si je prends le coté audience de notre site, je me lance pas des fleurs, loin s’en faut. Tout n’est pas rose. Africaguinee.com© fait partie des medias sur lesquels il faut compter. Africaguinee.com©, ce n’est pas que la Guinée. C’est aussi l’Afrique et partout où il y a la diaspora guinéenne.

Votre mot de la fin surtout à l’endroit de la presse guinéenne

Mes meilleurs vœux à toute la population guinéenne, en particulier les hommes de medias. 2013 a été une année de labeur parce que nous avons eu à couvrir toutes les activités : les différentes manifestations politiques. Y’en a parmi nous qui ont été blessés, victimes d’agression mais cela n’a pas découragé pour autant les journalistes on continue à faire de notre mieux pour informer les populations. C’est le lieu de féliciter les journalistes et leur dire de ne pas baisser les bras. La liberté ne s’obtient pas comme ça, il faut combattre pour l’acquérir. Que ce soit au niveau du pouvoir en place, ou des citoyens. Chacune des parties a tendance à ce que tu écrives, ou dises ce qu’elle veut alors que tu n’es pas censé faire cela mais ton travail de façon équilibrée, en toute impartialité. Je profite pour vous dire que j’apprécie votre courage et votre détermination et croyez-moi vous avez de l’avenir.

Merci

Interview réalisée par SOW A. Djibril

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Commentaires (3)

  • Invité (g)

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