‘’Nous assistons, dans toutes les rédactions aux mêmes violations du code de travail’’, selon Abdourahmane Diallo, DG Planete FM

Ils sont hommes des medias. Vous parlent derrière un micro (Radio), derrière un petit écran (télévision). Ou vous les lisez sur du papier (Presse Ecrite), en ligne (Internet). Mais vous ne les avez jamais eus en personne face à un autre journaliste. La rubrique ‘’Avec un confrère’’ vous gratifie, en vous offrant des interviews de meilleurs journalistes guinéens du moment.

 

Pour ce sixième numéro, la rédaction de Guineewebinfo a rencontré pour vous Abdourahmane Diallo, Nouvellement promu Directeur Général de la radio Planète FM. Nous l’avons joint au téléphone. Il nous a parlé des problèmes que rencontrent les medias et les journalistes qui font la vie de ces medias, des raisons de son départ du groupe Hadafo medias et de ses ambitions pour son nouveau media Planete FM. Entretien exclusif.

Guineewebinfo.net : Votre diagnostic sur l’exercice du métier de journaliste en Guinée ?

Abdourahmane Diallo : le premier diagnostic qu’on pose est que, contrairement à beaucoup d’autres professions, la profession de journaliste n’est pas organisée en syndicat ; il n’y a aucune convention collective…Pourtant la plupart des journalistes passent 7 jours sur 7 dans certaines rédactions, 24 heures sur 24 pour d’autres. En tout cas, au-delà des heures réglementaires. On a beaucoup de journalistes qui passent du temps dans les rédactions.

J’estime personnellement qu’il faudrait un statut particulier pour ces journalistes. Malheureusement, il n’y a pas de syndicat qui puisse porter voix. Qui puisse être un leader dans le combat pour l’obtention d’une convention collective. Aussi, il faut rappeler que la plupart des organisations de presse : Urtelgui, Agepi, Aguipel, sont patronales, à mon sens, ne regroupant que propriétaires de Radio, de site internet, etc. Il faudrait vraiment un véritable syndicat, en dehors du syndicat de la presse publique-corporation bien organisée-, la presse privée aussi en a besoin.

Tout récemment vous étiez à Espace FM, il y a une sorte de nomadisme dans les médias, ce nomadisme des journalistes d’un media vers un autre est-il assimilable à un ‘’malaise’’ que vivent ces journalistes dans leur rédaction d’origine ?

Ce n’est pas du nomadisme. C’est comme si vous étiez dans une boite privée qui est dans le domaine des télécoms, qu’une autre boite privée, du même domaine  vous offre plus, vous irez de ce côté-là. On ne peut pas parler de nomadisme puisque toutes les conditions de travail sont les mêmes dans toutes les rédactions, peut-être à une différence prés. Ce sont les mêmes charges horaires. Ce sont les mêmes difficultés que les journalistes rencontrent dans toutes les rédactions. Nous assistons, dans  toutes les rédactions aux mêmes violations du code de travail. On retrouve toujours les mêmes conditions partout…

Est-ce une excuse car les patrons de presse sont confrontés à d’énormes difficultés dues à l’étroitesse du marché publicitaire ?

C’est un argument qui ne tient pas à mon avis. C,est vrai que le marché publicitaire est la première source de recettes mais les patrons de presse devraient revoir les sources de recettes. C’est le premier argument qu’on pose. On surfe sur le ‘’manque’’ de marché publicitaire. Aujourd’hui, il y a des radios qui font un bon chiffre d’affaire, des recettes assez conséquentes mais ça ne se ressent pas sur les conditions de travail de leurs journalistes. Tout le problème est qu’il n’y a pas de législation particulière à la profession de journaliste. Il faut une convention collective. Faire en sorte que tous les médias se mettent derrière cette convention. Par ailleurs, les journalistes se mettent à l’idée que s’ils quittent un media, ils ne pourraient plus être casés. Ça se comprend parce qu' il y en a pas beaucoup à cause de la qualité et du niveau. Si les journalistes sont compétitifs sur le marché, ils auront le choix de quitter, d’aller vers les plus offrant. Tant qu’on n’aura pas une profession où il y a des personnes de qualité, d’un bon niveau, ça se sera toujours de l’exploitation.

Le président Alpha Condé dit qu’ « il n’y a pas de journaliste en Guinée », votre réaction ?

Écouter, c’est l’opinion du président. Je pense qu’il y a des journalistes dans ce pays-là. S’il n’y en avait pas, je me demande comment les populations seraient informées.  Il y a des journalistes compétents. Qui ont fait leur preuve. Sinon ce serait nié que Yacine Diallo est journaliste, Yamoussa Sidibé est un journaliste, Fodé Tass Sylla est journaliste. C’est un discours dépassé. Maintenant, y a-t-il de bons  journalistes aujourd’hui, au sein de la nouvelle génération ? C’est vrai la corporation est en manque. Il faudrait faire en sorte qu’il y ait des formations dans ce sens pour renforcer les capacités des professionnels des médias. C’est son opinion, on la respecte mais on ne la partage pas.

Vous aviez, en début d’année passée, déposé votre démission à la direction de Espace FM, quelques jours ensuite tout est rentré en ordre- peut-être dans l’optique du lancement de Espace Tv-, que s’est-il passé ?

En fait j’avais décidé de démissionner à la même période l’année passée parce que j’estimais qu’on violait certains principes qui étaient les miens. Finalement, je suis revenu sur ma décision après l'intervention de certains camarades. On s’est entendu sur un certain nombre de points que je jugeais primordial. Mais ça n’avait rien à voir avec le lancement d’Espace Tv. Avant que je prenne cette décision j’étais  déjà chargé avec Moussa Moise Sylla de faire en sorte qu’au moment du lancement de Espace Tv il y ait une  rédaction ; et c'est ce que nous avons fait.

Est-ce que ça veut dire qu’il y avait un malaise que vous ressentiez au sein de la rédaction d’Espace du groupe Hadafo médias. Par ailleurs, on a des informations comme quoi il y aurait une sorte de sectarisme qui ne dit pas son nom au sein du groupe Hadafo medias ?

Je laisse le soin à ceux qui l’ont observé de se prononcer. Moi je ne parle pas de sectarisme. J’ai quitté (Espace FM, ndlr) parce qu’à un certain moment de ma carrière il fallait que j’évolue. J’ai estimé que j’avais d’autres opportunités de carrière, d’autres projets professionnels que je voulais développer, raison pour lesquelles j’ai mis fin à mon contrat avec Espace. Je pense qu’à un moment, lorsque vous vous rendez compte que vous n’avez pas la même direction que le navire dans lequel vous vous êtes embarqués au départ, vous quittez pour un autre navire qui va vers la destination que vous avez choisie. J’ai jugé que j’avais intérêt à développer mes propres projets professionnels, ceux-ci ne collaient plus avec ceux du groupe Hadafo medias où j'ai tout de même vécu une bonne expérience.

Mandian Sidibé (ancien directeur général de Planète FM, ndlr) a toujours eu des problèmes avec les autorités en place- c’était récurrent-, votre avis ?

Je pense que je me suis déjà exprimé là-dessus notamment à espace FM. Je pense qu’il y a une certaine façon de faire du journalisme. C’est vrai que Mandian était quelqu’un de téméraire et qui violait quand même les règles déontologiques et éthiques. D’un autre côté, je pense qu’il ne devrait pas être persécuté pour ses opinions jusqu'à être poussé à l'exil. Je crois qu’exprimer son opinion ne devrait pas être l’argument pour le pousser à l’exil. C’est vrai qu’il a commis beaucoup d’erreurs, espérons qu’il va rentrer dans son pays et continuer à exercer le métier qui est le sien. Il devra répondre à la justice certes. Il est de notre devoir de respecter les lois et les règles de la république. La convocation qui lui a été adressée est en bonne et due forme, il doit répondre.  Derrière la presse, bien entendu, le soutiendra pour qu'on nous n'assistions pas à une mascarade judiciaire. Il faut donc qu’il accepte d’abord de rentrer ensuite qu'il réponde à la convocation de la justice.

Vos esquisses de solutions pour des médias professionnels, responsables - particulièrement les médias privés-, en Guinée ?

La première chose, c’est de faire en sorte que les journalistes soient indépendants, une indépendance de conscience mais aussi une indépendance économique. Je pense pour que quelqu’un soit conscient du travail qu’il fait, soit indépendant du point de vue de l’expression de ses opinions, il faudrait d’abord qu’économiquement qu’il soit quelqu’un de solide. Mais aujourd’hui,  malheureusement, les médias n’offrent pas l’environnement où les journalistes peuvent être à l’abri du besoin. Qu’on qualifie plus le travail qu’ils font par la formation. Règlementer la profession de journaliste pour un meilleur accès des professionnels à des sources de revenus conséquents. Une fois qu’ils sont (les journalistes) indépendants économiquement, ils peuvent s’exprimer librement, exercer leur métier en toute conscience en tenant compte des règles d’éthique et de déontologie qui régissent  le métier.

Quel est le projet que vous comptez développer au sein de ce media ( Planète FM, ndlr) ?

 Je vais m’atteler à imprimer une certaine image à la radio, en faire une radio écoutée. Je viens à Planète avec une autre ambition, celle de faire en sorte que la radio garde toujours son auditoire, qu’elle puisse avancer. Il faut rééquilibrer les forces dans le domaine mediatique. Faire en sorte qu’il n’y ait pas qu’un seul media étatique puissant, qu’il n'y ait pas qu’un seul media privé puissant. Mais qu’il y ait plusieurs médias, plusieurs façons de penser dans ce pays. C’est faire en sorte que Planete FM soit une radio professionnelle qui a un point de vue à faire valoir. L’africanité, le panafricanisme, la liberté d'expression, la jeunesse.

Le 1er Novembre de chaque année est retenu par les Nations Unies « Journée internationale pour la protection des journalistes » après une résolution prise suite aux multiples agressions et assassinats des hommes de médias de par le monde, votre mot là-dessus ?

C’est désormais une hypocrisie. Il faut sortir de ce carcan. On a vu décréter des journées de protection des journalistes. La protection des journalistes doit être continue. On doit faire pression sur les gouvernements pour que ce soit une priorité pour eux. On a des journalistes assassinés il y a des années jusqu’à présent leurs assassins courent et la justice n’arrive pas à trancher, c’est les cas Norbert Zongo au Burkina Faso. Il faut qu’on sorte de cette hypocrisie. Il faut que ce soit des actes qui sont posés de la part  non seulement des Etats-partis mais aussi des organisations de défense des droits de l’homme.

Votre dernier mot à l’endroit de la privée guinéenne en général, et en particulier la presse privée

Je voudrais adresser particulièrement un message aux journalistes de la jeune génération. Il faut qu'on arrête de présenter un visage de désunion. J'ai l'impression qu'il y a en notre sein un clanisme qui ne dit pas son nom. Mieux organiser, plus unis, nous serons fort.

Interview réalisée par SOW A.Djibril

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